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  • : GRANDS REVES
  • : Ce blog se veut un lieu où partager au sujet des rêves et plus particulièrement des "grands rêves"... il se propose de recueillir ces derniers, d'en faire la collecte...Pour déposer un rêve, cliquez sur "contact" ci-dessous ou envoyez-le à undeuxtrois4@orange.fr Merci. ATTENTION : LE BLOG A DEMENAGE EN 2015
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Quelques précisions

Se pencher sur les "grands rêves"...drôle d'idée ? Pour quoi faire ? Pour se vanter d'avoir eu un rêve exceptionnel ? Non...surtout pas.

Mais plutôt pour retrouver parmi nous, gens soi-disant "civilisés" du 21 ème siècle, un peu de cette sagesse ancienne qui consiste à ne pas garder pour soi ce qui nous est "tombé du ciel" (ou du Soi)...

Chaque matin, les amérindiens commençaient leur journée en se racontant leurs rêves de la nuit...et ils avaient sans doute bien raison. Ils en tiraient de grands enseignements pour leur vie.

On dit qu'un rêve non recueilli, non interprété, est comme une lettre qu'on a reçue et qu'on n'a pas ouverte...Ouvrons donc ensemble notre "courrier" des profondeurs...et partageons les nouvelles !

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L'or des rêves

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Souviens-toi de tes rêves,

observe-les comme un territoire inconnu

car ils viennent des profondeurs de toi-même,

porteurs d'un conseil, d'un message

ou d'un avertissement.

.

Les rêves spirituels se distinguent

des rêves ordinaires

par l'intensité de leurs couleurs

et la force de l'émotion,

comme l'or se distingue du métal vulgaire.

Ils viennent dans un esprit

capable d'émerveillement,

qui regarde à l'intérieur de lui-même.

.

Sers-toi des rêves pour guérir, aimer

ou soulager ceux qui souffrent.

.

Sagesse amérindienne

.

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25 février 2014 2 25 /02 /février /2014 12:20

 

mandala-tibetain.jpg

 

Le mandala est une figure symbolique qui appartient à la tradition hindo-bouddhiste. De façon schématique, il représente un cercle dans lequel s'inscrit un carré dont chaque côté est percé d'une porte. Ces portes mènent au centre du mandala, siège de la divinité. Le mandala symbolise ainsi la présence divine au centre du monde (le cercle) protégé par le temple (le carré).

 

Les représentations oniriques du mandala dans sa forme pure et complexe traditionnelle sont exceptionnelles. Celles-ci sont le plus souvent simplifiées comme par exemple un carrefour en croix ou une pièce carrée avec une porte sur chaque mur. D'autres représentations, plus rares, juxtaposent un carré et un cercle.

 

carrefour centre

 

Les rêves qui suggèrent le mandala sont toujours de grands rêves.

 

Le mandala représente le centre du soi, le centre sacré intérieur, c'est-à-dire la capacité que possède le rêveur à se recentrer, à se connecter avec sa véritable dimension.

 

Dans la perspective jungienne, c'est l'accomplissement du processus d'individuation, le moment ou l'individu est capable de se développer psychiquement selon son propre modèle. Sans référence extérieure, il peut entrer en communication avec sa voix ou son guide intérieur pour achever son évolution positive.

 

8cristauxglace.png

 

La découverte du mandala intérieur correspond ainsi au processus d'évolution qui permet de parvenir à la cristallisation dans la forme psychique parfaite et aboutie. La cristallisation est un processus semblable à l'individuation. Il n'y a pas deux cristaux de glace semblables. S'ils obéissent tous aux mêmes règles de formation hexagonale en étoile, ils possèdent leur propre clinamen qui les différencie ostensiblement faisant de chacun d'eux un joyau unique. En ce sens, le cristal peut être comparé au mandala intérieur.

 

Le mandala suggère donc une dynamique intrinsèque d'évolution individuelle, un endroit où le rêveur est capable de s'orienter spontanément et d'achever son chemin dans le sens le plus juste, celui qui doit mener à la naissance ou à la renaissance de l'être accompli, l'individu qui se développe intuitivement dans le sens de son unicité et de sa spécificité.


Le mandala traditionnel contient cette notion d'orientation puisqu'il représente aussi, les quatre points cardinaux, l'axe fondamental et immuable du monde. L'atteinte du mandala intérieur permet de s'orienter infailliblement et d'emprunter le juste chemin pour achever le processus d'individuation.

 

rose-des-vents-2.jpg

 

Le mandala intérieur est donc ce centre sacré que l'homme atteint qui lui permet de se situer et de s'orienter dans le monde et de se définir dans le macrocosme par rapport à son microcosme. Le cercle symbolise ainsi le monde extérieur (l'espace), le carré représente le temple intérieur (le corps) qui contient la divinité, le centre intérieur, le coeur.

 

Le plus souvent, la divinité évoquée est double (Shiva et Shakti). C'est le principe masculin qui contient le principe féminin. Ils sont représentés en union, entrelacés.

 

Ils symbolisent la double nature divine de l'être humain, les polarités féminine et masculine (l'anima et l'animus) que nous contenons tous en nous et que nous devons exprimer.

piece-brodee-yin-yang-mandala

L'atteinte du mandala intérieur permet à l'individu de renouer avec la totalité de ses énergies et de mettre en harmonie ses deux principes opposés et complémentaires.

 

Tristan-Frédéric Moir

"Dictionnaire psychanalytique des images et symboles du rêve"

.

 

Exemple : Un beau rêve de Mandala

(reçu par un homme de 50 ans, écrivain)

 

J'étais assis dans un grand parc.

Proche de moi, il y avait un autre parc,

un jardin plutôt, absolument circulaire,

et délimité sans l'être, par des fleurs

se trouvant au ras du sol.

Partant de ce jardin, se traçaient des chemins,

dans toutes les directions,

comme si le jardin était le centre d'une roue.

Quatre enfants buvaient l'eau d'une fontaine :

deux garçons, deux fillettes.

J'avais envie de chanter ;

et je me suis surpris à siffloter

durant toute la matinée qui suivait !

.

Extrait du livre :

"L'interprétation des rêves"

Pierre Daco

.

fontaine-jardin.jpg


Commentaire de l'auteur, Pierre Daco :


Les grands rêves de mandalas sont assez rares, encore qu'ils apparaissent au moment d'une rénovation intérieure (en fin de psychanalyse par exemple). Ces rêves sont généralement l'aboutissement d'un lent mûrissement de l'âme, d'une progression dans une harmonisation psychologique, d'une "sagesse" lucide.


C'était le cas de cet écrivain cité plus haut. Est-il bien utile d'analyser ce rêve, où le Mandala est représenté par le jardin circulaire, dont la circonférence n'est que très peu délimitée, et d'où partent de nombreux rayons, dans toutes les directions possibles ?


Nous y trouvons également le nombre 4 (deux garçons, deux filles). La fontaine, signe de jouvence, symbolise l'Anima de cet homme. Les pôles masculins et féminins sont réunis.

Est-il nécessaire de dire que le bonheur apparaît ?

.

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3 janvier 2014 5 03 /01 /janvier /2014 17:22

 

La première chose que l'on peut dire à propos du rêve 23 proposé par Mingingi, c'est que c'est un rêve qui "enchante"... un rêve qui nous ramène au pays des rois et des princesses, dans un univers en partie moyen-âgeux, en partie intemporel.

Nous sommes, de toute évidence, au pays du "merveilleux", au pays des contes...

(ce qui indique, sans doute, que la rêveuse a gardé sa capacité d'"émerveillement", qu'elle n'a pas perdu cette qualité de l'enfance).

 

Il-était-une-fois1 

 

Or, les contes sont des histoires qui se perdent dans le temps : après avoir été véhiculés par des centaines et des milliers de voix au cours des siècles, ils ont fini, à force de remaniements, par "s'imprégner" peu à peu de la mentalité collective, par en être un fidèle reflet.

Ils sont en quelque sorte les "rêves ou mythes du collectif",  les récits imagés qui peuvent parler à tous parce qu'ils nous viennent, non de l'inconscient personnel d'un conteur ou d'un auteur, mais de l'imagination collective et donc de l'inconscient collectif...

Voilà pourquoi, on peut soupçonner que "La jeune fille et le roi", en forme de conte, est un "Grand Rêve" , c'est-à-dire un rêve qui n'est pas que personnel et qui peut "parler" à d'autres personnes que la rêveuse...

 

Dans les contes, les personnages n'ont que peu ou pas de caractéristiques personnelles, ce sont en général des Archétypes.

Il en est de même dans ce rêve (il y a Le Roi, La Jeune fille et Le Garde...on ne connaît ni leurs prénoms, ni leurs traits de caractères ...).

 

Marie-Louise Von Franz qui a étudié de nombreux contes, dans l'optique de la psychologie jungienne, disait que le "Roi" y représente en général le "Principe règnant". C'est donc le Principe (en passant, remarquez que le mot a la même étymologie que "Prince"...) qui est adopté par la majorité des gens à une époque donnée.

Il est ici Masculin, ce qui est logique étant donné que nous vivons depuis des siècles et même des millénaires... dans une société patriarcale, une société dans lequel le Principe Masculin est considéré comme supérieur au Principe Féminin.

 

Quant à la jeune fille, on peut imaginer qu'elle représente, elle, justement ce Principe Féminin...celui qui ne "règne" pas, celui qui n'a pas le "pouvoir".

Dans le rêve , elle doit se rendre devant le Roi pour lui livrer une  "phrase ultime"...une phrase-clé.

Et voilà ce qu'elle lui dit : "Je veux tout, Sire, c'est-à-dire rien".


Merveilleuse phrase, à laquelle, cependant, il semble que le Roi ne comprenne rien !

A quoi reconnaît-on que cette phrase est une phrase-clé,    une phrase qui livre un des secrets de la vie ?

Comment savoir si elle renferme une profonde vérité ?

Eh bien, c'est qu'elle est...paradoxale.

Toutes les "grandes vérités" sont paradoxales...c'est à cela qu'on les reconnaît.

Par exemple, tous les mystiques décrivant Dieu ou le Divin énoncent des paradoxes :  ils disent qu'il est à la fois la Plénitude et la Vacuité, la Toute-Puissance et l'Extrême Fragilité, une Omniprésence et une pure Absence, la Trancendance et l'Immanence, le Très-Haut et le Très-Bas...etc. C'est un trait commun à tous les énoncés qui touchent à la profondeur du réel...

 

"Je veux tout, c'est-à-dire rien." s'inscrit donc bien dans la lignée des phrases essentielles qui, tentent, par les mots, de dire ce qui est, au fond, inaccessible au langage.

 

Sigmund Freud 1926    

 

On peut aussi penser, en l'écoutant, à la fameuse interrogation de Freud :

« La grande question restée sans réponse et à laquelle moi-même je n’ai pas pu répondre malgré mes trente années d’études de l’âme féminine est la suivante : Que veut la femme ? » disait-il , il y a un siècle...

Eh oui, "Que veut la Femme ?", c'est une vraie question...

Que recherche-t-elle vraiment, au fond, elle qui est sous l'emprise de ce Principe féminin, si différent du Principe Masculin...?

Il faut bien dire que les hommes ne l'ont jamais tout à fait compris...et Freud en tête qui l'affublait d'un "désir de pénis" montrant bien, par là, qu'il ne voyait le Féminin qu'en "creux"... il le voyait comme un '"manque"... sans en saisir l'essence véritable...

 

Le rêve y répond d'une façon géniale : la femme (ou plutôt  le Principe Féminin en elle) veut TOUT...et ce TOUT, ce n'est RIEN...c'est-à-dire rien de tangible...rien de matériel, rien qu'on ne puisse "toucher" ou "posséder"...

 

Le Principe Féminin veut effectivement le "Tout" de la vie : ce qu'il poursuit sans trêve, c'est l'Intensité et la Joie, le Bonheur et l'Amour...ces dons intangibles mais infiniment précieux. 

Le Désir du Féminin est en rapport avec l'Etre (et non l'Avoir).

Le Féminin veut vivre la Vie avec passion et dans sa Totalité.

 

La phrase apportée par la jeune fille est donc très précieuse, elle aussi...et même si elle n'est pas directement accessible, elle peut parler à un coeur sincère qui cherche la vérité. Elle peut parler à celui qui prend le temps de l'accueillir et de la méditer.

 

Roi-trone.jpg

 

Comment est-elle reçue par le Roi, le Principe Masculin dominant...?


Eh bien, elle est reçue avec déception...ce n'est pas du tout cela que le Roi attendait...Sans doute, pour lui, n'est-ce pas assez "clair"...trop éloigné de sa façon habituelle de penser...

En tant que "Principe règnant" dans la société, il est matérialiste, rationnel (cartésien ?  ;-) ) et ne donne d'importance qu'à ce qu'il peut voir et comprendre avec son intelligence, sa raison ...

Manifestement, ce genre de subtilité le dépasse...il ne peut rien en "faire" !

 

Il rejette donc  "et la phrase, et la jeune fille"...qu'il renvoie sous la surveillance de son "garde".

 

visage caché

 

Que représente ce "garde" ?

Peut-être le "gardien de l'ordre établi"...

Mais, avec sa capuche et son visage dissimulé, on peut aussi imaginer qu'il est une figure d'"ombre"...

L'Ombre, ce côté obscur de la personnalité, dont on ne connaît jamais complètement les "traits"...

Il serait donc l'ombre du Roi (et de la Conscience collective)...ce qu'il n'a pas "reconnu"... son double obscur...

 

La rêveuse signale d'ailleurs qu'elle pressent une sorte de "lien caché" entre la jeune fille et le garde...ce qui peut se comprendre si l'on admet que le Principe Féminin , lui-même "non-reconnu" à sa juste valeur dans la société, est en lien avec "l'ombre" de celle-ci...

On ne sait trop ce que le garde doit faire de la jeune fille...ni où il l'emmène...peut-être va-t-il l'emprisonner...ou l'emmener au bûcher...on ne sait pas. Mais les voilà qui traversent tous deux la foule...et cette foule, pressentant le pire, manifeste sa tristesse en pleurant...

A ce moment-là, la jeune fille va-t-elle à la mort...ou vers un "éveil" ? (comme le pense la rêveuse).

J'aurais tendance à penser qu'elle va ...vers les deux !

Car elle va vers une transformation, vers une initiation...qui est, d'une certaine façon, une "petite mort"...une mort à ce qu'elle était auparavant, mort qui mène ensuite à une "renaissance"...

 

Elle "quitte" la mentalité collective représentée par le Roi... elle est rejetée, incomprise, mais elle avance (remarquons qu'elle marche devant le garde...et non derrière !), elle poursuit son chemin...et, sous ses pas, "le sol se couvre d'or"...

 

chemin-d-or.jpg

 

Cet "or" qui apparaît...indique qu'il s'agit là d'un rêve qu'on peut classer dans la catégorie des "rêves alchimiques" (chers à Etienne Perrot, voir son livre "Les rêves et la vie").

Les rêves alchimiques sont des rêves de transformation...et même de transmutation...L'alchimie parle de rechercher le plus "précieux" dans le plus "vil"...le plus "brillant" dans ce qui rebute, dans ce qui est "rejeté"...par tous.

Or, c'est bien là, ce qui est "rejeté" (dans l'ombre..) qui mène à l'or, à la "vraie richesse" ("richesse intérieure", fruit d'un long travail sur soi...).

Le sol (on pourrait presque imaginer la "boue" du sol...mouillée par les larmes de la foule...) se transforme en "matière précieuse", en or inaltérable, incorruptible...

 

On pense alors à tous ces contes dans lesquels une jeune fille (souvent humiliée par sa famille qui ne la comprend pas et la traite comme une esclave...) finit, après avoir fait preuve sur son parcours de qualités très "féminines" (patience, humilité , compassion) par trouver un "trésor" ou un "riche mariage"...

Dans d'autres contes, il arrive que des pièces d'or ou des diamants se mettent à sortir , comme par miracle, de sa bouche...

C'est un peu toujours la même histoire : les difficultés, le rejet, l'incompréhension...puis, à force de foi en la vie, d'humilité et de persévérance, la "transformation finale"...et la vraie richesse...celle qui ne passe pas, celle qui rend "heureux"...

 

 femme-marchant

 

Ici, c'est le sol sous ses pieds qui se transforme...comme pour montrer que c'est le "chemin parcouru" qui est important...on pourrait aussi se dire qu'il s'agit d'une transformation très "concrète" (terre = matière) : elle laisse , là où elle passe, comme une "traînée de lumière" (l'or est en rapport avec la lumière solaire), comme une trace "éternelle"...

On pourrait dire qu'elle "transforme le monde autour d'elle" , par la magie de son Etre...de ce qu'elle EST, de ce qu'elle "rayonne"...

 

Voyant cela, le garde est surpris ... et le Roi, s'aperçevant alors de son erreur, comprend qu'il a manqué de discernement et veut la rappeler ...mais elle continue son chemin...

Le "retour en arrière" n'est pas possible...elle continue sur sa voie...(vers l'Eveil ?).

 

En fait, il est probable que retourner vers le Roi l'intéresse assez peu...car ce qu'elle recherche n'est pas "règner"...(pourtant, on peut remarquer au passage que l'or est un attribut "royal"). Le plus souvent, ce qui satisfait le Féminin n'est pas d'avoir la position "dominante"...mais c'est de se réaliser "intérieurement"...

Ce qui importe à la jeune fille n'est pas le "Faire", l'"Avoir" ou Le "Pouvoir", les "valeurs d'apparence" (elle les laisse derrière elle sans regret, elle n'y "revient" pas),  ce qui lui importe, c'est l'authenticité, la "Qualité d'Etre" qu'elle peut atteindre.

(Ainsi, dans le conte du magicien d'Oz, Dorothy, l'héroïne, suit aussi, tout au long de l'histoire, une "route pavée d'or" qui l'emmène vers un château et une cité d'émeraude...symbole du Soi et de l'accomplissement spirituel)

 

A la fin de cette histoire, le Principe Masculin a sans doute manqué une excellente occasion de comprendre  le Principe Féminin...et de s'adjoindre son intuition naturelle de ce qui est "essentiel".

La jeune fille (Principe Féminin), elle, a réussi à surmonter le rejet qu'elle a subi et à transmuter ses difficultés en une véritable Richesse intérieure...ainsi qu'à transformer un peu le monde qui l'entoure...en quelque chose de plus beau...

Bien qu'elle soit "menacée de mort" et "sous bonne garde", elle est sur la voie de l'accomplissement. (ou de l'Eveil)...et de la véritable "Royauté", celle qui ne "passe pas"...

 

Voilà donc un rêve qui méritait bien, je trouve, d'être examiné...

Merci Mingingi : je crois que ce rêve, c'est vraiment un "rêve qui conte" ! 

 

La Licorne

 

P-S :  1) Tout le monde n'étant pas familier avec la psychologie jungienne, je tiens quand même à rappeler que, pour Jung, nous avons tous une partie masculine ET une partie féminine.

Même si le Principe Féminin est plus présent , normalement,  chez une femme, elle est concernée A LA FOIS par l'attitude du Roi et celle de la jeune fille...ces deux "attitudes" se côtoient et s'affrontent en elle...et en chacun de nous...

Mon propos n'est donc pas sexiste... ;-), ne vous méprenez pas !

Je ne fais que décrire la façon dont ces deux Archétypes interagissent (à la fois à l'intérieur d'une personne et à l'intérieur de la société).

 

2) Il faut préciser, pour être tout à fait exact, que ce "rêve" n'est  pas un "rêve nocturne" mais un rêve semi-éveillé, une sorte de "vision" que la rêveuse a eue en plein jour qu'elle était en train de lire un livre...(lire rectificatif de la rêveuse dans les commentaires) ...je l'ai néanmoins étudié comme un rêve normal car il me semble que ce récit en a les caractéristiques symboliques...  

 

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19 juin 2013 3 19 /06 /juin /2013 21:59

descartes-tonnerre.jpg

 

Le deuxième songe commence par un grand bruit, un "coup de tonnerre" effrayant.

 

Or, de tout temps le "tonnerre" a été interprété comme une "manifestation divine". Il représente en général, soit une menace ou un châtiment de Dieu, soit une révélation.

 

Dans les songes, il semble annoncer un événement important.

"Comme les roulements du tambour et les cloches des églises, le tonnerre annonce un instant décisif et provoque une résonance psychique d'ordre émotif chez celui qui l'entend, de sorte qu'il sent qu'un événement crucial est en train de se produire." (MLVF)

 

La  foudre est elle aussi,  dotée d'une signification ambivalente : elle représente le pouvoir créateur ou destructeur de la divinité, la vie et la mort. 

Chez les Incas, les devins tenaient leur don du fait qu'ils avaient été frappés par la foudre. 

Et selon Jacques de la Rocheterie : Le brusque éclat de la foudre a été valorisé comme un  "mysterium tremendum" qui, en transfigurant le monde, remplit l'âme de terreur sacrée. 

 

Pensons aussi à l'éclair qui est "l'arme de Zeus"... Zeus : "dieu suprême de l'Olympe"...

Est-ce ce passage qui a  inspiré Descartes quand il a choisi le titre de son recueil : "Les Olympiques" ? C'est bien possible...

Remarquons  que, dans le texte d'Adrien Baillet, ce  rêve arrive juste après que Descartes se soit interrogé sur ses péchés "qu'il reconnaissait pouvoir être assez griefs pour attirer les foudres du ciel sur sa tête"...!!!

Zeus-copie-1.jpg

 

Descartes sent bien qu'il y a dans ces images fortes, quelque chose d'important d'origine surnaturelle, quelque chose de divin ou de "venu d'en-haut"...qui se manifeste avec "force" et "éclat". 

Et il sent bien aussi l'ambivalence de cette manifestation puisqu'il s'interrogera : "Est-ce là l'oeuvre d'un bon ou d'un mauvais génie ?"    

 

Ce rêve sera ressenti comme "essentiel", "numineux" et il l'est, sans aucun doute. Il y a une sorte "d'illumination soudaine" et l'instant est sans nul doute "crucial", "décisif".

Mais s'agit-il d'une "révélation", d'une "descente de l'esprit de vérité" (c'est ainsi que le "décodera" Descartes)... ou d'un "avertissement" ?

S'agit-il vraiment d'un encouragement à poursuivre son ambitieux projet, la recherche de la "mathesis universalis", la science "admirable" entrevue la veille ? On peut se poser la question.

 

Le bruit entendu ressemble fort à une détonation ou à une explosion. 

Or, voilà ce que nous dit La Rocheterie de la signification symbolique de l'explosion

"Les explosions se présentent dans les songes lorsque le fond de la nature humaine est trop refoulé dans l'inconscient ou, plus simplement, trop réprimé par excès de civilisation ou de culture.

La surdifférenciation de la conscience rationnelle est poussée trop loin et conduit les pulsions irrationnelles instinctives, trop "comprimées dans l'inconscient, à exploser en masses d'énergie libératrices de tension mais destructrices."

 

On retrouve là l'analyse faite dans les articles précédents et l'opposition, le conflit présent dans la personnalité de Descartes entre les tendances rationnelles, survalorisées et les tendances instinctives et émotionnelles, plus ou moins méprisées et négligées.

 

Le symbole du "tonnerre" est aussi évoqué dans le Yi-King...dans ce contexte, il est associé à la "crainte" et à "l'ébranlement" du monde.

Le tonnerre, dit Tchouang-Tseu, sort des ruptures d'équilibre du Yin et du Yang !

(Dictionnaire des symboles - Chevalier et Gheerbrant)

 

Le "coup de tonnerre" pourrait donc être révélateur de ce qui est dangereux dans le projet de Descartes : l'accentuation du déséquilibre entre la raison, le côté masculin, le Yang et l'instinct, l'émotion, l'intuition, le côté féminin, le Yin.

 

étincelles

 

Curieusement, ce qui viendra juste après ce "bruit de tonnerre" ne sera pas l'éclair auquel on pourrait logiquement s'attendre, mais un grand nombre étincelles..."étincelles" qui vont illuminer la chambre et apparaître, non comme un "long trait lumineux" mais comme un ensemble de "petites lumières" séparées et dispersées.


Or, la lumière "est avant tout un symbole de la conscience et de son vécu affectif. Elle semble liée à la possibilité d'un accroissement de conscience."

Les étincelles, les scintillements, les lumières multiples, caractériseraient, selon Jung, de "petits phénomènes de conscience"...

 

Faut-il comprendre que le "feu" de la "connaissance intuitive" va se scinder en de multiples "petites illuminations" sans lien entre elles ?

Faut-il y voir la fragmentation de la conscience, qui  est en passe de  s'éloigner encore plus de l'idée d'unité et de se perdre dans de très nombreuses "matières", de très nombreux " savoirs" séparés les uns des autres ?

 

Faut-il y voir aussi les "premières lueurs", les "germes lumineux" de ce qui, après développement, allait devenir le paradigme  scientifique des trois ou quatre siècles à venir ?

 

Il dira lui-même "avoir entrevu cette nuit-là, je ne sais quelle lumière, grâce à laquelle les plus épaisses ténèbres peuvent se dissiper.

 

 descartes mesguich

 

Il est intéressant, en tout cas de se pencher sur la "réaction" de Descartes face à ces étranges luminosités mystérieusement présentes dans sa chambre :

 

"(Il) ouvre les yeux  jusqu'à ce que l'apparition et la frayeur qu'elle lui inspire se soient dissipées. Il essaye apparemment de s'en débarasser en les rationalisant puisqu'il nourrissait la conviction que toutes les manifestations merveilleuses de la nature pouvaient être en définitive expliquées de façon rationnelle.

Il se produit alors une détente qui se retrouve dans l'atmosphère du troisième rêve dont le déroulement est beaucoup moins dramatique. " (MLVF)

La Licorne 

 

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8 juin 2013 6 08 /06 /juin /2013 19:10

Il est assez difficile, quatre siècles plus tard, de se faire une idée juste et nuancée de la personnalité de René Descartes...j'ai bien trouvé quelques détails de sa biographie mais cela me semblait insuffisant... alors j'ai eu l'idée d'aller me pencher sur...son thème astrologique !

(consultable ici)

 

Descartes-theme-natal.jpg

 

Descartes est né le 31 mars 1596 à 2h00.

La première chose qui frappe dans ce thème, c'est que 7 planètes sur 10 sont regroupées sur une toute petite portion du zodiaque, en Bélier et Taureau, dans une seule "maison"...le fait est peu courant, les dix planètes étant, en général réparties sur tout le cercle avec éventuellement, quelques associations de deux ou trois planètes.

Astrologiquement parlant, un tel "amas" de sept planètes est rarissime : c'est vraiment exceptionnel et cela indique à la fois un "génie" particulier et un certain "déséquilibre"...

C'est de toute évidence le signe d'une personnalité très "concentrée", très "focalisée", qui va privilégier à outrance un secteur de la vie...   en l'occurence, si l'heure de naissance est exacte,   celui de la maison 3.

Or, il se trouve que cette maison est celle... du mental, de la communication des idées et de l'intellect s'appliquant aux choses concrètes ...c'est le domaine de la Pensée ! (*)

 

S'y ajoute encore deux autres planètes dans des signes "intellectuels" et "analytiques" (Mars en Gémeaux en VI, maître des planètes en Bélier et Saturne en Vierge, en trigone avec les planètes en Taureau)...

Remarquons aussi que le Soleil est en Bélier, signe du "JE"...

 

Voilà qui confirme donc de façon assez éclatante ce que nous savons du personnage historique et aussi ce que ses contemporains en ont dit...

 

descartes-et-la-reine-christine-de-suede

 

La reine Christine de Suède, par exemple, avec laquelle il correspondit longuement...le décrivait comme un homme "très cérébral, indifférent aux biens matériels comme à la pensée des autres et masquant tous ses mouvements affectifs sous l'abstrait théorique"...(texte entier ici).

 

Excellent élève dès son plus jeune âge, il semble bien avoir été quelqu'un de surdoué dans le domaine de l'analyse intellectuelle...Il fut sans nul doute l'homme "idéal" pour une époque assoiffée de clarté et de raison...un théoricien brillant capable de "donner forme" aux aspirations sous-jacentes de son époque...

 

Percevant son rêve comme un "signe du destin", il se sentit naturellement "désigné" pour accomplir cette tâche de clarification et de théorisation scientifique et il s'y consacra de toutes ses forces, compensant, il faut bien le dire, une certaine maladresse ou indifférence dans d'autres domaines, et notamment le domaine affectif.

 

Il avait perdu sa mère à l'âge d'un an...et il semble que ce vide précoce, ce manque maternel se soit traduit par une grande angoisse intérieure et  une grande difficulté à intégrer le féminin dans sa vie.

Tout au long de sa vie, il évita au maximum ce "côté-là", ainsi que tout ce qui a trait aux émotions et aux sentiments. Il garda toujours une certaine appréhension face aux relations avec les femmes...il ne se maria pas et de fait, on ne lui connaît que peu d'aventures amoureuses : une vague amourette de jeunesse et à 38 ans, une liaison avec une jeune servante hollandaise...Cette dernière lui donna une fille, Francine, décédée très jeune (à cinq ans).

Très peu de femmes, donc, dans son existence...et sans doute peu d'amour.

 

Pour employer des termes modernes, on pourrait dire qu'absorbé par sa recherche des lois qui régissent le monde visible,  il fut un "pur cerveau gauche" ...mal à l'aise avec le Principe féminin, maternel, relationnel, émotionnel, instinctif...et illogique (cerveau droit).

(on retrouve ici l'antagonisme entre les "deux côtés du corps" signalé dans le rêve et la difficulté à parvenir à une "totalité" harmonieuse).

 

cerveau

 

Si l'on veut employer des termes jungiens, on peut dire qu'il resta étranger au domaine de l'anima...qu'il ne l'intégra pas.

 

Peu de "vie instinctive"... beaucoup de "rationalité"... de l'intuition et de l'imagination, mais cantonnées au niveau de la recherche scientifique...du "sens pratique" mais peu de "chaleur" affective et peu de contact avec sa sensibilité et ses émotions... de l'idéalisme mais une foi restée "conventionnelle" et impersonnelle... tout cela peut expliquer sa difficulté à convaincre quand il traitera de questions de morale et de questions spirituelles...questions dans lesquelles il est nécessaire de faire appel, en priorité, au "sentiment"...

 

On peut aussi y voir une des raisons pour lesquelles René Descartes restreindra  la définition de l'âme à la pensée consciente et la considérera  comme une réalité "à part", "indépendante" du corps.

(Pour lui, âme = esprit = "res cogitans", une chose qui pense... et matière = "res extensa", une chose qui s'étend dans l'espace)...

Que fera-t-il en proposant cette conception "dualiste"(**) si ce n'est généraliser la "séparation" qu'il ressentait effectivement en lui ?

 

La Licorne

 

Article à suivre : les deux autres songes

 

 

Son blason familial:

Rene_Descartes-blason-de-la-famille.png

 

(*) Il est d'ailleurs amusant de constater que l'ancienne  orthographe de son nom de famille était "Des Quartes" ou "De Quartis" (titres latins du 14 ème siècle) et qu'elle correspond parfaitement à son destin qui fut de mettre en avant et de privilégier, dans l'approche du réel, une des "quatre" fonctions : la Pensée.

 

fonctions-fondamentales.gif

Descartes 3

(**) Le dualisme est caractérisé par les traits suivants : le corps est localisé dans l'espace et le temps ; il peut être connu par les sens, et il peut être l'objet des sciences qui en recherchent les mécanismes causaux ;

l'esprit (ou l'âme), en revanche, est localisé dans une intériorité qui n'est ni visible, ni, en conséquence, reconnaissable par autrui : l'esprit ne peut dès lors être l'objet d'une science, car il échappe au mode d'existence causal de la matière.

(Wikipédia : Le problème corps-esprit)

 

matiere-esprit.gif

 

Le dualisme cartésien, qui sépare esprit et matière et met l'accent sur l'étude de la face visible, extérieure et mesurable du monde, est, aujourd'hui encore, un des sous-bassements principaux de notre mentalité occidentale

De même, l'approche mathématique du réel, qui met de côté la subjectivité et l'émotion, ainsi que le ressenti de l'observateur, pour se concentrer uniquement sur la logique et le quantitatif, est couramment considérée comme la plus fiable, voire comme la seule valable.

 

Critique très intéressante (et très complète) de cette approche "cartésienne" : ici

(intitulée "Descartes, la prison analytique de la pensée française")      

 

 

Biographie de Descartes en vidéo :

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29 mai 2013 3 29 /05 /mai /2013 18:30

rêve descartes 1

 

Fin du rêve :

Dans le même temps, il vit au milieu de la cour du collège une autre personne qui l'appela par son nom en des termes civils et obligeants et lui dit que s'il voulait aller trouver Monsieur N. il avait quelque chose à lui donner. M. Descartes s'imagina que c'était un melon qu'on avait apporté de quelque pays étranger.

 Mais ce qui le surprit d'avantage fut de voir que ceux qui se rassemblaient avec cette personne autour de lui pour s'entretenir étaient droits et fermes sur leurs pieds, quoiqu'il fût toujours courbé et chancelant sur le même terrain et que le vent qui avait pensé le renverser plusieurs fois eût beaucoup diminué.


Il se réveilla sur cette imagination et il sentit à l'heure même une douleur effective qui lui fit craindre que ce ne fût l'opération de quelque mauvais génie qui l'aurait voulu séduire.

Aussitôt il se retourna sur le côté droit, car c'était sur le gauche qu'il s'était endormi et qu'il avait eu le songe.

Il fit une prière à Dieu pour demander d'être garanti du mauvais effet de son songe et d'être préservé de tous les malheurs qui pourraient le menacer en punition de ses péchés, qu'il reconnaissait pouvoir être assez griefs pour attirer les foudres du ciel sur sa tête, quoiqu'il eût mené jusques-là une vie assez irréprochable aux yeux des hommes.

 

......................................................................................................................................................................

 

Il est intéressant de voir comment Descartes interprète, juste après avoir rêvé, ce premier songe...

Il constate qu'il s'est endormi sur le côté gauche et se retourne sur le droit !


Or, la droite est en général considérée comme bénéfique,  et la "gauche" est depuis  toujours  considérée comme le côté "néfaste"... (c'est pourquoi les mots relatifs à la gauche ne sont jamais positifs : ainsi, "senester"- gauche en latin- a donné le mot "sinistre") ...il est donc fort probable que Descartes se réfère à cette sorte d'a-priori et attribue sa douleur et l'ambiance difficile de son rêve à une cause purement physique, à l'"erreur" de s'être endormi du "mauvais côté"...

 

Pressentant que ce rêve puisse être "négatif", il s'en remet immédiatement à Dieu dans la prière...(exactement comme il le faisait dans son rêve, d'ailleurs...après avoir "tourné" sur le pied gauche) et demande à être préservé des "malheurs" qui pourraient lui arriver.

 

masques.jpg

 

On voit émerger là l'ancienne conception des rêves qui les classait essentiellement en deux catégories opposées : les "bons" et les "mauvais", les "favorables" et les "défavorables"...ceux qui portent "chance" et ceux qui portent "malheur"...

Les premiers étaient apportés par de "bons génies" et les seconds par de "mauvais génies" (ou "mauvais esprits",  l'expression exacte de Descartes étant "malus spiritus")...

Face à ces "mauvais esprits", un seul recours : prier Dieu pour qu'il les "chasse"...et pour qu'il pardonne les fautes commises.

Là encore, on voit bien que le jeune Descartes est pleinement sous l'emprise de la culture religieuse de son temps qui ramène tout au péché et à la dualité "Bien-Mal". (*)

 

Penchons-nous maintenant sur la fin du premier songe :


Au milieu de la cour du collège, une personne polie et fort aimable lui demande de "porter" quelque chose à Monsieur N. et ce "quelque chose" est aussitôt visualisé par le rêveur comme un "melon apporté de quelque pays étranger"...

 

melon.jpg

 

Le melon n'est pas un symbole très courant dans les rêves...mais voyons rapidement ce qu'on peut en dire...

 

Tout d'abord, dans les expressions courantes où il apparaît, le "melon" est souvent associé  à la tête : "avoir le melon", un "chapeau-melon"...

Même si ces expressions n'étaient pas encore en vogue au 17ème siècle, même si elles sont anachroniques, elles reflètent quand même une vérité intemporelle : le melon évoque spontanément (par sa forme mais aussi par sa croissance) la "tête qui enfle" et donc l'inflation, l'orgueil...ou l' "hypertrophie du mental", la "démesure de l'intellect"...

 

melon avoirlemelon

 

C'est avant tout un fruit appétissant ...et en tant  que tel, il rappelle le fameux "fruit défendu", fruit de l'arbre de la "Connaissance du Bien et du Mal", qui dans la Genèse, est offert...puis consommé...avec des conséquences à très long terme.(**)

 

Son aspect extérieur évoque le globe terrestre et ses méridiens : or, Descartes élabore ses idées au beau milieu de l'affaire "Galilée".

 

melon-globe.jpg

 

Il est rond, zèbré de lignes plus foncées, et on a l'habitude de le "couper en deux" ou "en tranches" avant de le manger : peut-être une allusion au fait, que la pensée cartésienne "découpe" le Réel en éléments séparés pour mieux l'analyser....?

 

Dur à l'extérieur, tendre à l'intérieur...il est très savoureux : est-ce un rappel de la "saveur" de la vie ? De ce "ressenti" et de ce "qualitatif" dont on ne peut se passer pour vivre et que la science, tournée exclusivement vers le nombre et  la quantité,  évacue un peu trop vite ?

 

demi-melon.jpg

 

Comme la pastèque, il est gorgé  d'eau....Pour les chinois, le melon est "Yin"...

 

Son centre est plein de pépins, empli de nombreuses "graines"...donc symbole de fécondité 

L'extérieur est dur mais le "coeur" est tendre.

Il a besoin de chaleur et de soleil pour s'épanouir.

Il grandit posé sur le sol, en contact avec la terre et il est donc en rapport avec le concret.  

 

Enfin, sa forme sphérique en fait un superbe "mandala", une image et un symbole de totalité.


 

melon-sur-le-sol.jpg


Il semble donc bien que ce melon que Descartes imagine avoir à "donner" ou à "transmettre" soit en rapport avec une connaissance ou une vision "globale".

Une connaissance qui  réconcilierait l'Esprit et la Matière, le Divin et le Monde, le Ciel et la Terre, l' Abstrait et le Concret, le mental et le corps, le quantitatif et le qualitatif, l'objectif et le subjectif, le côté droit et le côté gauche, le "bon" et le "mauvais", le clair et l'obscur, le Féminin et le Masculin, le Yin (coeur tendre, aqueux et savoureux) et le Yang (coque dure et ferme)...bref, une connaissance qui intégrerait en un Tout unique toutes les "tranches", toutes les "catégories", tous les domaines que l'intellect analytique aime à traiter de façon "séparée".

 

Le rêve indiquerait donc, sur la fin, un "remède possible" au déséquilibre annoncé : une vision plus complète, plus synthétique, plus holistique...tenant compte de tous les aspects de la vie, de la réalité...au contraire d'une science purement mathématique et abstraite qui s'apprête à faire "pencher" la balance d'un seul côté : le côté masculin, rationnel, analytique et quantitatif.  

 

Ceci expliquerait que les gens qui se rassemblent autour de "la personne au melon" et s'entretiennent avec lui soient "droits et fermes sur leurs pieds"... comme lui, ils comprennent encore (comme dans l'Antiquité ) l'équilibre entre les contraires... ils n'ont pas perdu de vue l' "Unité" du Réel, ils ne se sont pas laissés entraîner par le vent déséquilibrant.

 

vent debout 2 

 

Malheureusement, dans le rêve, Descartes, lui, reste "courbé et chancelant"...bien que la tempête soit calmée, il ne semble pas capable de se redresser, d'intégrer cette autre vision, plus nourrissante et plus féconde, cette "totalité" vivante, équilibrée et équilibrante (Soi), venue d'un "pays étranger", c'est-à-dire d'un pays (chaud ?) qui n'est pas le sien, d'une contrée "inconnue" située hors de son territoire psychique...(inconscient). 

 

Malgré la proposition de l'inconnu du collège, Descartes restera finalement "étranger" à cette "connaissance globale" tout juste entrevue...L'histoire nous apprend que ce n'est pas elle qu'il "transmettra"...


Bien qu'il ait été à la recherche d'une "science universelle" et d'une "philosophie totale" qui puisse remplacer celle d'Aristote, ce qu'on retiendra avant tout de lui, c'est sa vision dualiste...

Par son "Discours de la méthode" et son "Cogito", il contribuera à installer durablement la prédominance unilatérale de la conscience, du mental (maître du "je")...et de la "Raison"...

 

Raison-01J.jpg


Raison conquérante qui, peu à peu, et jusqu'à nos jours, envahira tout le champ de la connaissance humaine...jusqu'à devenir le pilier incontesté de notre conscience moderne.

 

La Licorne

 

Prochain article : Aspects plus personnels du songe

 


 

(*) Sa réaction au réveil est également caractéristique de l'enseignement religieux jésuite qui encourage vivement la pratique régulière de "l'examen de conscience".

 

(**) Voilà ce que dit Jacques de la Rocheterie du symbole du "fruit défendu" (et cela me paraît bien en rapport avec notre sujet) :

"Quant à Adam, il ne doit pas consommer le fruit -et non la pomme- de l'arbre de la connaissance du Bien et du Mal, car, ce faisant, il n'acquiert pas cette connaissance pour autant, mais un fragment (le fruit) -le conscient- qu'il va confondre avec la totalité consciente : le Soi. Et tous les malheurs du monde vont découler de cette confusion."

("La symbologie des rêves")

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19 mai 2013 7 19 /05 /mai /2013 09:10

Ce ne fut pas encore ce qui l'épouvanta (allusion au tourbillon) .

La difficulté qu'il avait de se traîner faisait qu'il croyait tomber à chaque pas, jusqu'à ce qu'ayant aperçu un collège ouvert sur son chemin, il entra dedans pour y trouver une retraite et un remède à son mal. Il tâcha de gagner l'église du collège où sa première pensée était d'aller faire sa prière, mais s'étant aperçu qu'il avait passé un homme de sa connaissance sans le saluer, il voulut retourner sur ses pas pour lui faire civilité et il fut repoussé avec violence par le vent qui soufflait contre l'église.

      tomber

 

On voit donc que le déséquilibre en question est important, puisqu'il peut entraîner la chute à chaque pas.

Constatant cela, Descartes pense "trouver un remède à son mal" en se réfugiant dans un collège ouvert et en se dirigeant vers l'église de ce collège pour y "faire sa prière".

 

collège des jésuites

 

Il cherche donc instinctivement refuge en un lieu qui puisse compenser son "penchant" beaucoup trop prononcé pour l'intellect et la raison.

La science qu'il essaie de mettre en place répond au "Comment ?" mais non au "Pourquoi ?"... il lui manque le "sens", il lui manque la prise en compte de l'"invisible", de l'"immatériel"... et sans doute perçoit-il plus ou moins cette lacune.

Gagner "l'église du collège" pourrait signifier "rechercher ce qui manque à son système", "rechercher la partie métaphysique ou sacrée" (église) de la connaissance (collège-école).


Rappelons qu'au début du XVIIème siècle, Descartes vit dans un siècle entièrement chrétien, un siècle dans lequel l'idée de Dieu est encore une évidence et la prière une obligation morale. 

Loin de rejeter Dieu, Descartes sera d'ailleurs de ceux qui voudront "prouver son existence"... par des arguments logiques ! (voir plus loin) 


Rappelons aussi que, le christianisme a été, malgré lui, l'une des conditions du développement scientifique. Ce n'est pas du tout un hasard si la science moderne est née en Occident.

Celle-ci s'est en effet largement "appuyée" sur l'idée que Dieu et l'univers sont séparés.


Dieu-createur.jpg

 

A la fin du Moyen-Âge, on croyait en un Dieu "personnel" et suprêmement intelligent, un Dieu extérieur au monde, qui a créé un univers indépendant de lui et qui l'a créé intelligible, structuré et ordonné par des lois...Et c'est cette croyance en un univers autonome et rationnel, pouvant être soumis à l'analyse intellectuelle, qui a été un fondement essentiel pour l'essor de la science telle que nous la connaissons.

Paradoxalement, il a fallu ce présupposé d'un Dieu "créateur et auteur des lois" pour s'orienter vers la "causalité" puis, dans un deuxième temps, vers la "désacralisation" du monde...

La mentalité orientale, bien différente, plus "panthéiste", plus "animiste", n'a pas réussi, elle, à donner naissance à la notion de "loi physique". (plus de précisions ici)


Dans son effort de "rééquilibrage" et de prise en compte de "l'invisible", Descartes se dirige donc naturellement vers l'église, c'est-à-dire vers la conception chrétienne du sacré, d'un Dieu créateur extérieur à sa Création, "architecte" et "grand géomètre", conception qu'il partage avec ses contemporains. (*)


chapeau-bas.jpg

Sur son chemin, s'étant aperçu qu'il a passé un homme de sa connaissance sans le saluer... 

Comment "décoder" cela ? "Saluer" quelqu'un signifie "montrer qu'on l'a reconnu " et lui "accorder son attention"...Oublier de saluer signifie donc qu'on a oublié de reconnaître ce qu'il représente et qu'on ne lui a pas accordé d'attention.


N'ayant aucun renseignement sur ce personnage anonyme, il paraît difficile d'en tirer des conclusions, si ce n'est qu'il représente sans doute l'aspect "irrationnel" de la réalité et de lui-même que Descartes, dans son approche unilatérale, a ignoré.

Peut-être est-ce quelqu'un qui ne privilégie pas les facultés cérébrales mais qui a de grandes qualités de coeur ? Quelqu'un qu'il admire pour des qualités que lui-même ne posséde pas ? Quelqu'un ayant une certaine "profondeur d'âme" ou un certain sens "mystique" ? Quelqu'un d'obscur ou de "mystérieux" ? Nous ne le saurons jamais, mais il est plus que probable qu'il ait quelque chose à voir avec l'"ombre" refoulée de Descartes, avec la partie non-développée de sa personnalité.

 

eglise-lumiere.jpg

 

...il voulut retourner sur ses pas pour lui faire civilité et il fut repoussé avec violence par le vent qui soufflait contre l'église.

Le retour en arrière, la tentative de reconnaissance de ce qui a été ignoré dans sa vie et dans sa réflexion, tentative qui aurait pu être positive et "équilibrante", échoue donc...face à la puissance du vent...c'est-à-dire de l'esprit du temps, qui souffle dans l'autre direction.

C'est la deuxième fois : au début du rêve, il avait déjà tenté en vain de lutter contre le vent... (il fit un effort pour se redresser, mais il sentit un vent impétueux qui, l'emportant...).

Difficile de résister au puissant mouvement collectif...cela demande une force de caractère et d'affirmation que Descartes, d'après M-L Von Franz, ne possède pas ... et cela lui demanderait aussi de couper les liens avec son éducation intellectuelle et catholique (il a fait ses études chez les Jésuites, au collège de La Flèche, collège peut-être en rapport avec celui du rêve).

Sa biographie montre qu'il ne s'y résoudra jamais vraiment : au moment du rêve, il est encore tout imprégné de ses "conceptions de jeunesse" et plus tard, il se référera souvent à ses premiers "maîtres" (en particulier dès qu'il est "attaqué")...

Sur le plan de la connaissance, il récusera les "arguments d'autorité" de l'Eglise...mais sur le plan personnel et privé, il se considérera toujours comme un "bon chrétien".

 

Le voilà donc ramené par le vent vers l'église...vers l'église et sa "tradition"...c'est-à-dire vers la vision classique d'un Dieu de clarté et de perfection, d'un Dieu "cause première" et "grand horloger de l'univers", créant un monde au mécanisme parfait, aux lois claires et distinctes, un monde sans défaut, sans "ombre" ni "mystère"...


Ainsi, l'oeuvre de Descartes, bien que novatrice, s'inscrira totalement dans le "mouvement intellectuel" de son temps (dans le "sens du vent")...(**)

Et bien qu'extérieure à la religion, elle ne s'y opposera pas "franchement"... elle cohabitera même assez bien, dans un premier temps, avec elle...


Cette oeuvre comportera une large partie métaphysique, dont voici un léger aperçu...


(Titre exact et complet de l'ouvrage : "Méditations métaphysiques touchant la première philosophie, dans lesquelles l’existence de Dieu et la distinction réelle entre l’âme et le corps de l’homme sont démontrées")


méditations métaphysiques

 

La preuve de l'existence de Dieu en trois points (résumé) :

- la preuve par l’idée de parfait : en effet, parmi les idées qui sont en moi se trouve l’idée de Dieu, idée d’un être souverain, tout puissant, éternel, infini.

- Or, comment cette idée de parfait pourrait-elle procéder d’un être imparfait ? En réalité, il me faut admettre l’existence d’un être contenant en soi autant de perfection que l’idée en représente, c’est-à-dire Dieu.

- Ainsi, Dieu existe.

Il faut entendre par Dieu, une substance souverainement parfaite, et dans laquelle, nous ne concevons rien qui enferme quelque défaut, ou limitation de perfection.

- Cet être parfait ne saurait être que vérace : il me garantit, en effet, que les idées que je conçois comme claires et distinctes sont vraies.

- La « véracité divine » découle de la nature même de Dieu, qui ne saurait m’induire en erreur, puisqu’il est parfait.

L’idée de Dieu fait partie des idées innées.

(Voir le texte entier ICI)

 

Plus tard, Kant montrera les limites de ce raisonnement...limites qui nous sautent aux yeux aujourd'hui...A une époque où l'athéisme est monnaie courante, ces arguments sur l'existence de Dieu ne nous convainquent plus guère...Et la constatation de Nietzsche : "Dieu est mort" viendra un jour infirmer définitivement l'idée que "Dieu fait partie des idées innées" !

(Précision : nous parlons là du "Dieu du dogme chrétien ou jésuite" et non de la notion de Divin ou de Sacré...)

 

Sur ce point, Descartes s'est donc trompé, il a mal jugé de la permanence de cette idée en lui et en nous. Sa "démonstration" n'a pas eu d'avenir...on l'a complètement oubliée.

Comme dans le rêve, le côté "spirituel", est resté, chez lui, "d'une grande faiblesse" et n'a pas réussi à "contrebalancer" la rationalité déssèchante et désacralisante de sa vision du monde. La tentative de "rééquilibrage" de ce côté-là a échoué...


Descartes maths

Par contre, son "cogito" et sa "méthode scientifique", ont eu un succès inespéré...et même démesuré, puisque ses idées dans ce domaine sont aujourd'hui acceptées comme...une  évidence !

Hommes ordinaires du 20ème et du 21ème siècle, nous nous définissons par notre "moi", par notre conscience et notre intelligence et nous nous considérons comme "isolés", "séparés" du reste du monde.

Le monde est couramment vu comme une grande horloge, une grande "machine", qu'on peut décrire par les mathématiques...

La science et la technique ont envahi notre quotidien : nous sommes tous, aujourd'hui,  les enfants de Descartes !


La Licorne

 

Prochain article : le melon


(*) Il est important de rappeler qu'au 17ème siècle, la religion pénètre encore tous les aspects de la vie et de la culture. Non seulement l'antagonisme religion-science n'existe pas mais la recherche scientifique elle-même est conçue comme une tâche religieuse, un moyen de comprendre la sagesse de Dieu, manifestée dans la création, et comme un moyen d'adorer Dieu.


"....pour Descartes, l'activité de Dieu est identique au principe de causalité." (MLVF)

 

Newton lui-même dira : "Il existe un esprit infini et omniprésent dans lequel la matière est mue selon des lois mathématiques."


Ni Descartes, ni aucun des "savants" de ce temps n'était "matérialiste" au sens où nous l'entendons aujourd'hui. Leurs recherches s'appuyaient encore sur la certitude de "l'harmonie divine" de l'univers.


Et comme le dit Luc Bigé dans "L'homme réunifié" :

(Au temps de Descartes)...la finalité et le sens sont encore au coeur de la démarche "scientifique"...les expérimentations ne servent pas encore à faire des découvertes mais à vérifier ce que l'on sait déjà, à vérifier un savoir intuitif dont la source vient de la réalisation progressive de Dieu en l'homme.

 

 

(**Le vent qui souffle est ce "vent de nouveauté", cet "esprit de réforme", ce "mouvement intellectuel de fond" qui, au travers de Descartes mais aussi Kepler, Galilée, Copernic, Newton...va dépasser les "croyances", les "idées confuses" du Moyen-Age et donner naissance à une nouvelle vision du monde, basée sur l'ordre et la logique.

 

Pour reprendre les termes bien connus de Pascal, c'est en quelque sorte le début du règne de "l'esprit de géométrie"...règne qui, par son succès visible et pratique, par sa réussite technique et technologique, va faire quelque peu oublier "l'esprit de finesse"...


 

  

Entretien de Descartes avec Pascal :
débat entre le "scientifique" et le "mystique"... 
Intéressante comparaison entre les deux hommes : ICI
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12 mai 2013 7 12 /05 /mai /2013 20:39

René Descartes parle d'un "tourbillon"(*) qui, dans son rêve, lui fait faire trois ou quatre tours sur son pied gauche !

 

vent violent


Il s'agit donc bien d'un vent "plus fort que lui", d'une "mini-tornade" à laquelle il ne peut résister. A propos du "tourbillon", le dictionnaire des symboles (Chevalier-Gheerbrant) nous dit ceci :


"Symbole d'une évolution, par son mouvement hélicoïdal, mais d'une évolution incontrôlée par les hommes et dirigée par des forces supérieures. Il peut avoir la double signification de chute tourbillonnante ou de tourbillon ascensionnel, de régression irrésistible ou de progrès accéléré. mais il caractérise par sa violence une intervention extraordinaire dans le cours des choses."


tornade

 

Juste avant de "tourbillonner" ainsi, Descartes nous dit qu'épouvanté par les "fantômes", il était obligé de se renverser du côté gauche, étant dans l'impossibilité de se soutenir du côté droit...

On voit bien que cette marche "forcée" est une marche qui favorise un côté au détriment de l'autre, qu'elle n'est pas "naturelle"...L'image évoque immédiatement un profond "déséquilibre"...

 

La peur  (de l'invisible ?) l'oblige à s'appuyer exagérément sur l'un des côtés du corps, l'autre côté étant "pris de faiblesse".

Il se retrouve donc affligé d'une sorte de boîterie.


boiteux Vézelay

Boîteux de Vézelay

 

Or, la boîterie est un symbole bien connu : cette infirmité touche en général ceux qui se sont affrontés à l'invisible, ceux qui ont voulu "voler la science aux Dieux". (Pensons à Jacob, par exemple, après son combat avec l'Ange ou  à Héphaïstos-Vulcain, dieu de l'Olympe et gardien du feu "volé" par Prométhée). Ces héros-voleurs "payent" la connaissance acquise, ravie au ciel, par une blessure, par la perte de leur intégrité physique (en général une dissymétrie : ils sont borgnes, manchots...) ou par une claudication. 

 

Or, n'est-ce pas un peu le cas de Descartes... ? N'est-il pas en train de "voler la science aux Dieux" quand il recherche le "savoir total", la "science admirable", la "méthode parfaite et universelle" qui sera à la "base" de toutes les connaissances ?


pirouette

 

Le voilà donc emporté comme un fétu de paille par la force du vent et contraint de faire "trois ou quatre tours" sur un pied...

Rappelons que le tourbillon, le mouvement "spiralé" est souvent une image du "devenir", de l'évolution "à venir"...

 

En le voyant "tourner ainsi sur lui-même", comme une toupie, je ne peux m'empêcher de penser que c'est ce que feront plus ou moins les adeptes du futur "esprit cartésien" : en mettant la raison et la pensée logique au-dessus de tout, ne vont-ils pas "tourner sur eux-mêmes", tourner autour de leur "je" et de leur mental...pendant trois ou quatre siècles ?

 

toupie-inception.png

 

En délaissant les conceptions moyen-âgeuses imprégnées de "sacré" et le "naturalisme magique" d'Aristote, les penseurs de cette époque vont en effet introduire une nouvelle façon de voir la réalité : désormais, celle-ci s'expliquera à partir de phénomènes physiques régis par la causalité.


Dieu, lui, ne sera pas nié mais "sera relégué au rang d'un Etre Suprême ayant ses propres lois inconnaissables...ainsi, peu à peu, la "question de Dieu" disparaîtra des questions raisonnables...cette question appartiendra à la sphère privée et ne sera plus un objet de connaissance." (Cf Luc Bigé : "De la Méthode vers la Mythode")


discours de la méthode

 

Il s'agit dond'une entreprise de "séparation" : la réalité qui était vue jusque-là comme une unité vivante et spirituelle, se scinde en deux parties : celle du monde "physique", monde "mécanique", "monde-machine" qu'on peut étudier rationnellement, expérimentalement, et celle du monde de l'âme-esprit (les deux étant malheureusement confondus)...monde échappant, lui, aux mathématiques et à la connaissance "scientifique". (**)

L'être humain est également soumis à cette scission : le corps et l'esprit sont désormais considérés comme séparés...

Ainsi, Descartes distinguera clairement le monde de la matière et le monde non-matériel, le monde extérieur et le monde intérieur, et ce faisant, il sera le premier qui formulera le problème corps-esprit tel qu'il l'est aujourd'hui : il sera celui qui ouvrira les portes à une conception "dualiste".

Conception qui s'imposera avec une force "irrésistible" au cours des siècles qui suivront...et qui sera le fondement de la pensée "moderne".


pensee-scientifique.jpg

 

Serait-ce en rapport avec les images du rêve ?

On y trouve en effet un symbole de dualité, deux côtés bien distincts (***) : un côté sur lequel on peut s'appuyer et un côté caractérisé par une "grande faiblesse"...comment mieux exprimer qu'un système est "bancal" ?

 

Sans doute Descartes entraperçoit-il là le principal défaut de sa "géniale intuition" de la veille et de ce qu'elle entraînera, à terme, dans le futur : un monde déséquilibré, un monde qui marche sur un seul pied, un monde qui "penche" énormément d'un côté, du côté "matériel" et "visible", du côté "observable" et "mesurable"...

Un monde matérialiste et rationaliste, qui, au fil du temps, finira par délaisser et ignorer cet autre "côté" de la réalité et de l'être humain,  ce côté "invisible" et "subtil" que la raison ne peut décidément pas "saisir"...ni quantifier.

 

La Licorne

 

Prochain article : L'église

 

 

P-S : Allez...terminons cet article consacré au déséquilibre,

sur une petite note humoristique  :

JePenche

    déséquilibre 1

 

(*) Il est par ailleurs intéressant de remarquer qu'une des théories qu'il élaborera par la suite s'appellera "la théorie des tourbillons" ! Cette théorie censée expliquer le mouvement circulaire des planètes sera retenue jusqu'au XVIII ème siècle...puis remplacée par celle de l'attraction du soleil.

 descartes-tourbillons-2.gif

 

(**) A partir de Descartes, on s'orientera vers une séparation nette entre l'objet observé et le sujet-observant, entre la "nature" et l'être humain : c'est le tout début du principe d' "objectivité" , postulant l'indépendance du sujet et de l'objet, et donc le début des sciences dites "objectives".

Cette séparation, cette "perte de l'équation personnelle de l'observateur" (MLVF), sera remise en cause, au début du XXème siècle, par la physique quantique.


subjectif-objectif.png

 

(***) On pourrait épiloguer longuement sur les significations respectives de la droite et de la gauche... et s'emmêler un peu les pinceaux ... car le côté droit est celui qui désigne habituellement la rationalité (or, chez Descartes, ce côté n'est pas "faible", loin de là)...

Marie-Louise Von Franz voit, dans cette "contradiction" apparente du rêve, une tentative de "compensation" de la part de l'inconscient...

Je préfère pour ma part rester sur une idée plus simple : je crois qu'il y a là, tout simplement, l'expression globale d'une dualité et d'un déséquilibre entre deux opposés.


(Cf : Georges Romey "Le guide des rêves" , la gauche et la droite)


pied-gauche-pied-droit.jpg

Si l'on veut  néanmoins attribuer une signification à chaque côté, on peut dire que la gauche a longtemps été perçue comme "négative" et la droite comme "positive".

(Au Moyen-Âge, être "gaucher" était vu comme une malédiction).


On retrouve cela dans des expressions comme : "se lever du pied gauche"...

...et aussi dans les symboles "rotatifs" ou "spiralés" ayant un sens favorable ou défavorable suivant le sens de leur mouvement : dextrogyre ou senestrogyre.


triskell.jpg

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8 mai 2013 3 08 /05 /mai /2013 22:42

Marie-Louise Von Franz propose, dans son livre "Rêves d'hier et d'aujourd'hui", une analyse approfondie des trois rêves de Descartes...analyse passionnante mais très longue, puisqu'elle s'étale sur tout un chapitre...

J'ai hésité à vous en faire un résumé...puis je me suis dit qu'il serait plus intéressant de vous proposer une interprétation plus personnelle, interprétation qui s'appuiera, néanmoins, parfois sur la sienne...

A chaque fois que j'emprunterai un passage au livre de Marie-Louise Von Franz,  je le signalerai par les lettres MLVF...


vent-qui-souffle.jpg

Je me pencherai tout d'abord sur le symbole du "vent", qui apparaît en quelque sorte comme le "motif central" du premier rêve...


"Après s'être endormi, son imagination se sentit frappée de la représentation de quelques fantômes qui se présentèrent à lui, et qui l'épouvantèrent de telle sorte que, croyant marcher par les rues , il était obligé de se renverser sur le côté gauche pour pouvoir avancer au lieu où il voulait aller, parce qu'il sentait une grande faiblesse au côté droit dont il ne pouvait se soutenir.


Étant honteux de marcher de la sorte, il fit un effort pour se redresser, mais il sentit un vent impétueux qui, l'emportant dans une espèce de tourbillon, lui fit faire trois ou quatre tours sur le pied gauche....

(...) et il fut repoussé avec violence par le vent qui soufflait....(...)

...et que le vent qui avait pensé le renverser plusieurs fois...(...)"

 

D'après Jacques de la Rocheterie, dans un rêve, l'image d'"un coup de vent plus ou moins violent, mais non destructeur" indique qu'un événement "numineux" très important et fortement chargé d'affects s'élabore au sein de la psyché.  Un tel rêve, nous dit-il, est particulièrement impressionnant et souvent d'une interprétation difficile.

Bon, essayons quand même ...


René Descartes, fit ce rêve en Allemagne, alors qu'il était encore très  jeune (23 ans) et ce rêve l'impressionna tant, en effet, qu'il le publia dans un ouvrage appelé "Les Olympiques" (ouvrage aujourd'hui disparu).

 

descartes jeune

 

En 1619, il assista à Francfort au couronnement de Ferdinand II d'Autriche et s'installa alors dans une maison  de bourgeois allemand à proximité d'Ulm où, durant tout l'hiver, il traversa une sorte de période d'incubation spirituelle, calfeutré "dans le poêle", c'est-à-dire la chambre chauffée de ses hôtes. C'est à cette époque qu'ont lieu son "illumination", sa grande découverte mathématique et méthodologique, ainsi que le rêve qui lui succède et qui est le thème de notre étude.(MLVF)


Adrien Baillet nous dit qu'il "s'est couché ce soir-là tout rempli de son enthousiasme et tout occupé de la pensée d'avoir trouvé les fondements de la science admirable"...


Après avoir, pendant des années, déployé d'intenses efforts (par le doute systématique) afin de nettoyer son esprit de tout préjugé et de parvenir à la "vérité"...

 

...sans doute venait-il de vivre, la veille, " une "illumination mathématique" et une vision intuitive de certaines combinaisons ou arrangements. Il est même possible qu'il en ait tiré la conclusion (quelque peu prématurée) qu'il avait ainsi découvert une sorte de science universelle ou les lois de cette dernière.

Selon J.Sirven, Descartes aurait même déjà  pressenti l'ensemble de sa "méthode", à savoir sa méthode de pensée, dont les découvertes mathématiques mentionnées auraient été les premiers fruits. La méthode serait fondée, pense Sirven, sur l'idée générale de "l'unité des sciences". Son premier résultat serait la notion d'une "mathématique universelle".(MLVF)

 (...)

"Selon G.Milhaud, Descartes aurait découvert des "choses d'en-haut, des choses divines ou célestes", et il aurait pour cette raison , baptisé son traité "Olympica" et interprété la tempête de son rêve comme étant le "génie" et l'éclair comme "l'Esprit de vérité". (MLVF)


vent 1

Le vent est, en effet, symboliquement, le "souffle de la nature" qui porte les germes et les pollens...il est ce qui engendre, ce qui crée, ce qui "porte" la vie...


Il est aussi associé au souffle humain, au logos, au verbe, à la notion de création. Imprévisible, invisible, insaississable, il apporte l'inspiration et le changement...Il est puissance de vie et de transformation.

 

 

En grec, "anemos" le vent, est très proche, phonétiquement, d' "animus", l'esprit.

Jung dit d'ailleurs : "Dieu est le vent. Il est le souffle invisible et plus fort que l'homme."


Le "vent-esprit" apporte donc les "germes" de nouvelles idées, idées que, dans son élan quelque peu inflationniste, Descartes prend pour la "vérité absolue"...pour la "science universelle" qui résumera toutes les autres...


Descartes est un être saisi par le "nouvel esprit", nous dit Marie-Louise Von Franz, ses découvertes préparent la vision du monde d'une époque en gestation, caractérisée par le développement de la pensée scientifique..."

"L'homme de la Renaissance dépose son humilité moyen-âgeuse et commence à se redresser et à faire confiance à sa propre pensée."(MLVF)


galilee05

 

N'oublions pas que "Descartes a contribué de façon décisive, - auprès des ouvrages de Kepler, de Galilée et d'autres...- à édifier cette nouvelle image purement mécanique du monde qui a eu cours jusqu'à la fin du 19 ème siècle." (MLVF)

 

La "tempête" du rêve pourrait donc bien être ce "nouvel esprit" de la Renaissance qui est en train de "balayer" les anciennes visions du Moyen-Âge et qui apporte un "nouvel air", une nouvelle "ère" faisant la part belle aux Lumières de la Pensée et de la Raison.

 

"Vent impétueux du changement" qui va d'une part, amener la "Réforme" (protestante) et d'autre part, entraîner l'essor des sciences modernes, l'approche dite "cartésienne"...


repere-cartesien.png

 

 "Je pense donc je suis" : ce sera, pour la postérité, la phrase qui "résumera", par excellence, le "bonhomme".

D'après lui, la pensée serait ce qui nous définit le mieux...ce qui définit le "JE" et ce serait la certitude première. L'homme serait avant tout une "substance pensante"...


MLVF, elle, en tire cette conclusion :

La pensée est donc, par excellence, la fonction de la conscience qui est fusionnée avec le moi et, selon Descartes, l'âme ne se compose que du "moi-pensant"; en d'autres termes, Descartes s'identifiait totalement avec sa fonction pensée.


La pensée au centre du Moi, et la pensée logique, rationnelle, mathématique, au centre de tout, "expliquant" tout...voilà l'intuition de Descartes et voilà ce qui va caractériser les temps qui viennent...

descartes2.jpg

Emporté par son enthousiasme de "pionnier" (ou par ses "fantômes"-"daimons" ?), il semble bien que Descartes court le risque de s'identifier totalement avec sa découverte et avec sa pensée, de ne pas percevoir la nature autonome de son expérience et de son intuition...il croit, en toute bonne foi, être le "créateur" de l'esprit qui souffle et ne voit pas que c'est au contraire l'esprit de son temps qui le possède...et qui le "pousse" où il veut...


C'est pourquoi, nous dit Marie-Louise Von Franz, l'esprit vient le harceler la nuit de façon terrifiante sous sa forme originelle; ces fantômes recouvrent en même temps tout ce qui pour l'instant dépasse encore la compréhension qu'il a de sa découverte, aussi bien les processus archétypiques d'arrière-plan que l'éclosion d'un nouvel esprit du temps avec ses impulsions dangereuses et menaçantes pour l'ordre humain. En effet, la guerre de Trente ans était sur le point d'éclater et ses conséquences allaient anéantir pour une longue période toute culture au coeur de l'Europe.

 

La Licorne

 

Prochain article : Le déséquilibre

 


 P-S : On peut trouver une étude approfondie de la symbolique du vent : ICI.
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1 mai 2013 3 01 /05 /mai /2013 19:06

rêve descartes 3

rêve descartes

rêve descartes 1

 

Le "grand rêve" du jeune Descartes a, de tout temps, fait l'objet d'études attentives, d'autant que le philosophe lui-même lui attribuait un sens surnaturel.


Il l'estimait digne d'être publié et s'essaya à l'interpréter. Il semble également prouvé que ce rêve joua un rôle déterminant dans l'évolution de Descartes. Malheureusement, nous ne le possédons pas sous sa forme originale mais seulement à travers un récit insuffisant de l'abbé Adrien Baillet.

(...)


Quoique le rêve nous permette incontestablement de pénétrer la problématique personnelle de Descartes, (...), il est encore davantage une représentation symbolique de la situation spirituelle de son temps (début du 17ème siècle), sous une forme qui me semble, aujourd'hui encore, digne de l'attention de l'homme moderne.


L'aspect suprapersonnel du rêve et le fait qu'il reflète cette période d'histoire ressort du caractère archétypique qu'il faut lui reconnaître suivant la terminologie de C-G Jung.


Ses thèmes fondamentaux : la tempête, le fruit rond, les étincelles et le "jeu magique" de la dernière partie sont autant d'images archétypiques de portée collective et montrent que les phénomènes qui se déroulaient dans l'inconscient de Descartes et aspiraient à la lumière étaient étroitement liés et entremêlés aux problèmes religieux et spirituels de son temps comme dans un vaste rhizome ou un entrelacs de racines.


Bien entendu, l'aspect personnel du problème n"en devra pas moins être pris en considération.

.

Marie-Louise Von Franz

"Rêves d'hier et d'aujourd'hui" Chapitre 7 

Suite de l'interprétation dans le prochain article...

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6 avril 2013 6 06 /04 /avril /2013 23:03

La question qu'on peut légitimement se poser est la suivante :

"D'où viennent les rêves ?"...

 

Sont-ils, comme le croyaient les Anciens, des "messages divins" ?

Sont-ils, comme nous le dit Freud, une production purement personnelle ?

Viennent-ils nous renseigner sur notre avenir ?

Ou viennent-ils nous donner des indications sur les problèmes hérités de l'enfance ?

Sont-ils des "cadeaux" envoyés par le ciel

ou sont-ils fabriqués par notre imagination ?

 

sommeil.jpg

 

Il ne s'agit pas de trancher catégoriquement entre ces deux options...

car tout dépend de notre façon d'envisager le monde,

la nature de l'être humain, 

la "conscience" et ce qu'on appelle "l'inconscient"...

Tout dépend aussi du rêve en question...

Mais je crois que le texte suivant peut nous éclairer un peu :

.

"L'expérience intérieure que nous vivons au travers de nos rêves,

c'est la rencontre d'un inconnu différent de moi

qui s'exprime à l'intérieur de nous.


Jung nous dit dans un extrait de "Ma vie" (p383),

que "nous ne fabriquons pas un rêve ou une idée,

mais que l'un comme l'autre prennent naissance d'eux-mêmes en quelque sorte."

Dans la suite de ce texte, il précise qu'aux temps anciens ou mythologiques,

on appelait cet inconnu "Dieu",

"Mana" (la puissance transcendante de l'esprit),

on l'appelait aussi "Démon"

(Daimon, en grec, n'était pas une figure diabolique mais un guide intérieur).

L'inconnu à l'intérieur de nous pouvait donc être appelé "Démon", "Mana" ou "Dieu".

A notre époque scientifique, nous l'appelons l'inconscient.

.

Mais - et c'est sur quoi Jung insiste

tout le long de ce cheminement dans ce texte de "Ma vie" -

nous devons être bien conscients que ce qui s'exprime sous l'un et l'autre vocable,

c'est exactement  la même réalité.

On est passé simplement d'un système de désignation à un autre.

 

On a simplement translittéré

du langage religieux ou mythologique en langage scientifique,

mais, en vérité, on n'en sait pas plus ou pas moins

sur la réalité psychique désignée.

Il est très important d'en être conscient

pour ne pas tomber dans une dérive scientiste.

Ce n'est pas parce que nous parlons d'inconscient

que nous sommes plus en avance

que ceux qui s'adressaient à leur intériorité en l'appelant Dieu."

.

Pierre Trigano et Agnès Vincent

"Le sel des rêves"

reve-ange.jpg

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